8 milliards de dollars pour un annuaire mondial
Tags: social networking, Google, Facebook, libertéLa Tribune annonce ce jour dans un article intéressant sur Facebook que le site communautaire qui conquiert (actuellement) plus d’un million de nouveaux membres chaque mois aurait refusé des offres de rachat approchant les 8 milliards de dollars… La raison en serait que la direction de l’entreprise ambitionne une levée de fonds de (tenez-vous bien) 10… milliards !
Qu’est-ce qui pourrait justifier une telle mise? La monétisation attendue de cette audience captive (les membres) ou moins captive mais a minima intriguée (les gens qui passent sur le site à force d’en entendre parler !), et enfin de l’écosystème économique qui se crée chaque fois autour de ce type de phénomène médiatique (on pense évidemment au délire autour de Second Life, qui a depuis longtemps franchement viré au ridicule). Et qu’est-ce qui rendrait cette valorisation possible ? Le fait qu’à l’instar des grandes communautés et autres réseaux sociaux, les profils des membres se trouvent indexés via un partenariat avec Google.
Enfin, qu’est-ce qui rendrait le business réellement juteux (outre le fait à terme de facturer le membership, bien sûr) ? Le fait de commercialiser des bases de données mondiales. Car la seule justification d’investir de pareilles sommes dans ce type de société n’est en effet que de lui donner (plus ou moins) les moyens de "constituer un annuaire mondial". Redescendons sur terre néanmoins : ce ne sont ni 40 ni 60 millions de membres qui constituent un annuaire mondial. Il n’empêche que cela reste une bien belle base de données à exploiter en revanche, surtout si on tient compte de sa profondeur : au vu de la richesse des infos laissées par les internautes en ligne (moi le premier… et tous les networkers en général, ou les jeunes en particulier), on pourra en exploiter des hypersegmentations, le tout sans pour autant réduire à zéro la taille de l’échantillon extrait.
Doit-on le déplorer ? Oui et non. Oui dans le sens où nos vies privées se réduisent comme peau de chagrin, bien sûr. Non, dans la mesure où cette tendance au profiling (pour employer un bel euphémisme) est depuis longtemps inéluctable dans nos sociétés. Et surtout -conservons un minimum d’optimisme- dans la mesure où ce qui diminue l’intérêt de cette base, comme de toute base, c’est la vitesse à laquelle elle se périme. Peut-être le minimum de protection privé réside-t-il en effet dans le fait que les gens (et là encore, moi le premier
ne tiennent pas leurs infos à jour… quand ils ne sont pas dans la fantasmagorie pure et dure !…
Et pour ce qui concerne le marché lui-même, doit-on ou non déplorer un retour aussi vigoureux sur le net des investissements massifs et parfois (souvent ?) moyennement raisonnés d’un point de vue économique et industriel ? (mais parfaitement raisonné sous l’angle financier) Nous n’en sommes déjà plus au premier signe (rachats de Skype, YouTube, pour citer les plus mémorables… et aussi les plus fous) et il serait peut-être sage que les trentenaires et au-delà qui, comme moi, ont connu (et tant que possible profité, il est vrai) de la vague d’euphorie des années 98-2000 se rappellent comme la chute a été dure… Nous ne sommes à mon sens ni condamnés à refaire les mêmes erreurs, ni à en faire des pires…
Si tant est qu’on le veuille.




