Concert historique de Pierre HENRY à la Cité de la Musique (20.03.2008)

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J’ai eu la chance d’assister au dernier concert de Pierre HENRY le 20 mars 2008 à la fabuleuse Cité de la Musique.
Peut-être ce concert sera-t-il en effet le dernier de PH, l’un des maîtres incontestés de la musique concrète, puisque le compositeur échevelé a atteint l’âge vénérable de 80 ans ? Toujours est-il qu’il était dans une forme absolument remarquable et nous aura gratifié d’un magnifique concert. Mon ami Tôf était aussi de la partie, et il a pu capter quelques images reflétant bien l’atmosphère particulière de cet événement.

Tentons donc de rendre modestement hommage au grand homme, à travers un compte-rendu tout à fait subjectif : celui des photos de Tof, et pour ma part, quelques évocations éparses retranscrites durant le concert à l’écoute de ces stupéfiantes sonorités.

:: GRANDE TOCCATA ::

Salle obscure, rais de lumière enfumés. Sons blancs rayés de gris. Vibrations originelles, hachées par des vrilles artificielles. Stridences aériennes affrontant les vrombissements telluriques. Une pluie de dièses s’égrène du plafond, puis s’éparpille, emportée par une bourrasque toute automnale. Embrayages phoniques. Les plurilithes frissonnent… quand tout à coup c’est la fin.

 

:: LA NOIRE A SOIXANTE + GRANULOMETRIE ::

Douleurs anales et apitoiements gutturaux, halètements masturbatoires et sacades pulmonaires, frictionnements vaginaux, éructations humides. Doppler vocal, ronflements asmathiques. Ploc lacrimal, soupir goulu. Labiales engoncées, aspirations baveuses. Cliquetage articulaire, coassement cardiaque. Succions appuyées, crachats assumés. Lamentation testiculaire, résonnance bronchiale. Sécheresse amygdale, transpiration séminale.  Eternuements sirupeux, éructations avortées. Frénésie nasale, hérésie bucale.
Et pour le final, magnifique pet de Gollum.

 


:: PLEINS JEUX ::

Pinpon meugle. Alternance pénétrée, les coincidences rebondissent jusqu’au bout d’un vibrato déchaîné. Une corde frissonne, une autre pleure. Celle-ci frétille, celle-là piétine. Au fond, on aperçoit la chute. Inutile de vouloir échapper à ce qui ne sera bientôt plus qu’un sombre tourbillon, emplâtré sur lui-même, béat d’autosatisfaction, repu, engoncé, dé-syphonné, et peut-être même… défequé.
Synchronie de cuillers sur roue de vélo. Alternons l’éphémère, avec la persistance de l’écume d’un torve boyau se débattant face à l’oppressant : l’implacable spatule, riche de sa sèche aspérité. Amène mais rèche, souple mais brutale, la palpation maniaque d’un bruissement clapoteux emplit de circonvolutions arythmiques un univers dont les interstices s’amenuisent inéluctablement.
Le tiède fracas s’estompe enfin ; la systole reprend du poil.
Silence.
Le temps de 3 tapotements.
Plantons les cloches, à coups de marteau la corde d’un clavecin fracassera d’un aveuglant éclat la brume de l’aurore.
Le vrombissement fluide s’apesantit, trouve finalement sa cadence naturelle et accepte un équilibre précaire, oscillant malgré lui tel le corpuscule qui s’apprêtait à s’éteindre.

 

 

4 réponses à “Concert historique de Pierre HENRY à la Cité de la Musique (20.03.2008)”

  1. Eddddd dit :

    Moi je l’ai vu la veille sur un programme différent.
    D’abord les Messes de Liverpool, grandiose composition. Ensuite Cermony qui a moins bien vieilli, et enfin les fragments pour Artaud
    qui sonnent plus déco sonore que composition. Mais je dis cela presque quarante ans après qu’il les ait composées… c’est peut être ça le génie: avoir montré un chemin que tant ont emprunté depuis…

    Je n’ai pas aimé en revanche la scénographie: efficace jeu de lumières dans cet orchestre de haut-parleurs statiques, mais hors sujet me semble-t’il dans la démarche d’Henry.

    ps: chouette la dernière photo !!

  2. TOF dit :

    je retrouve bien ton style kagneux (çà fait plaisir !), limite célinien, une perception vicérale d’un concert dont j’ai pris plaisir de partager avec toi et do.

    rare moment où on peut entendre un japonnais monté sur ressor en overdose de vitamine C.
    Un monde à part, marqué par l’omniprésence d’une trentaine d’enceintes marquant le sons, les variations et des p’tits retours derrière la tête qui te font basculer vers un unnivers sensorriel.

    la maîtrise d’un Pierre Henry version 2008 ( âge 80 ans ) plonge l’auditoire, par son hypnose, dans un état d’éponge à émotion : on absorbe, on mousse, on se frotte à son siège, çà gratte.

    on n’en ressort pas comme avant !

  3. Rob dit :

    > Ed-mmanuel :
    Merci pour ton commentaire et tes ajouts sur le concert de la veille.
    Je ne connais pas les fragments pour Artaud mais si ce que tu écris est vrai, c’est un peu un comble ! On n’imaginerait pas la poésie du grand maître chuchottée (pourquoi pas susurrée tant qu’on y est !), difficile par conséquent d’en accepter facilement un hommage musical tapissé… Je serai comme toi tenté d’y voir la marque du temps. Pour ce qui concerne le génie avant-gardiste suivi par 2 générations, je partage ton hypothèse (pour avoir moi-même retrouvé des phrases dont Richard D. James (Aphex Twin) nous gratifie régulièrement). J’y ajouterai simplement le fait que le XXe siècle aura ‘désafuté’ nos oreilles (ou les aura fait murir, suivant le point de vue qu’on adopte), et que ceci n’est pas étranger au fait que la puissance et la radicalité d’une composition concrète ait pu s’émousser avec le temps…

    Concernant la scénographie, j’ai un point de vue relativement différent. Quand bien même il s’agissait d’une solution de facilité bien rôdée, le fait de nous plonger dans une obscurité quasi totale parsemée de rais de lumière est à mon sens un support à la concentration. Je pense d’ailleurs que la composition sonore se suffisait à elle-même et qu’on aurait même pu être dans le noir complet.
    Concernant la lumière : la Cité de la Musique brille par la qualité acoustique (totalement inouïe et inégalée sur Paris à mon sens) mais certainement pas par les fantaisies qu’elle offre en terme de jeux de lumière. Ce choix est certainement volontaire et assumé mais en effet assez étonnant pour une salle récente… Mais je voulais apporter une précision : sauf erreur de ma part, la scénographie lumineuse de cette salle est _toujours_ la même, quel que soit le concert qui se déroule ! J’ai ainsi pu assister exactement aux mêmes éclairages que cela soit pour un concert de Stockhausen (fin 2006 je crois), pour un show pianistique de Gonzales ou pour une autre soirée electro-acoustique contemporaine… Il n’y a que pour le concert de Bugge Wesseltoft avec Laurent Garnier que les lights avaient remisés pour laisser place à du matos de boîte de nuit ! Mais pour qui a pu vivre cet événement totalement insensé (le feuuuuuuu !) avec une Cité de la Musique dont Garnier a repoussé la fermeture de plus de 4 heures sans autorisation aucune, si ce n’est celle d’un public qui, arrivé en costard, s’est progressivement retrouvé torse nu trempé de sueur (et j’en étais ;-), il est clair que ce n’aurait pas été envisageable autrement. Bref, en dehors de cet événement, je ne crois pas avoir jamais expérimenté quelque autre éclairage que celui timidement proposé pour Pierre Henry. Enfin, PH a déjà fourni 80% du parc de haut parleurs qui étaient sur scène, on allait pas non plus lui demander d’amener en plus ses projos ! ;->

  4. Rob dit :

    Merci Tof pour ton commentaire, et merci encore pour tes photos !
    Je suis d’accord avec toi : ça mousse, ça frotte, ça gratte :)

    PS : bah, tant que ça ne suinte pas…

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